Un astre jumeau
Nous avons réservé notre rubrique reine, "On a roulé avec" à Andy Schleck, 23 ans, grand favori du Tour pour sa 1ère participation. Andy a dit "Oui" à condition que Frank vienne. Indéniablement dans l'univers d'Andy Schleck, on troue un astre jumeau.
Andy quand je t'ai proposé de rouler avec moi tu as tout de suite répondu: "on va faire ça avec Frank"
A: "C'est mieux non? On s'entraine toujours ensemble, alors pourquoi changer ?"
L'année passé, tu nous disais que lorsque tu courrais seul, tu étais fort, mais qu'avec Frank vous vous entez imbattables!
A: "Bon, on n'a vu à Liège qu'on était pas imbattables ! (rires) Mais à deux, on est quand même plus fort!"
F: "Je n 'ai pas gagné Liège Bastogne Liège mais c'est tout comme. Pour l'instant, c'est le plus beau souvenir de ma carrière; Quatre gars dans le final avec deux frères, c'est inimaginable; C'est plus fort que ma victoire à l'Amstel et à l'Alpe d'Huez. C'est rigolo, mais la semaine avant Liège, beaucoup de journalistes nous ont demandé: "A quand deux Schleck sur un podium?" Il s'en est fallu de peu finalement. Le soir de la course, on est rentré chez nous et la première chose que l'on a faite c'est de regarder la course à la télé. c'était spécial ! "
Frank c'était fort l'image quand tu pousse Andy au sommet de la Roche aux Faucons!
F: "Son attaque n'était pas préméditée. On n'a pas besoin de se parler pour se comprendre. Un regard et c'est bon. En course, nous avonsnos habitudes comme de rouler l'un derrière l'autre quand ça visse, ça nous rassure. Et après la première grosse accélération de la course, je demande toujours à Andy quelles sont ses sensations."
A: "Par contre moi, dans la roue de Frank, je suis incapable de dire s'il est bien ou pas. il pédale toujours de la même manière et son visage ne change guère. Mais le pire en course, reste la chute. Vite, il me faut le retrouver. Et quand il court et que je suis devant ma télé, je suis incapable de regarder les descentes, je zappe!"
Andy, pour revenir à Liège, tu avais attaqué dans la Redoute, la saison dernière,
F: "C'est drôle parce que Rebellin, Cunego et Bettini ont cru que c'était moi, alors ils y sont allés. Aujourd'hui, ils ont intérêt à suivre les deux. Inconsciemment, on cultive le fait de se ressembler. Par exemple, on met toujours les mêmes lunettes, chaussures, ça brouille les pistes! (rires)
A: "Combien de fois, j'ai signé les cartes postales de Frank. J'ai beau dire aux spectateurs que ce n'est pas moi. Mais ils ne comprennent rien. Alors je signe quand même! (rires)
Et dis moi Frank, Andy te pique toujours tes affaires avant de rouler?
F: "En ce qui concerne les lunettes, il ne peut plus car j'ai des verres correcteurs; mais c'est vrai que, avant, il était le roi pour ça! Lorsque je partais rouler, je me retrouvais avec mes montures, mais sans verres. Maintenant le vélo, c'est comme avec les lunettes, on peut plus se tromper. Je fais 70,7 cm d'entrejambe et Andy trois centimètres de plus. Quant aux chaussures, il fait du 44,5 et moi du 42. Les maillots et les cuissards oui, c'est la même taille là on peut échanger."
A: "Ne me parle pas de chaussures, ça me rappelle une étape du Giro, l'année passée. A 50 bornes de l'arrivée, j'ai senti un caillou dans ma chaussure qui me génait. Je vais voir Cancellara qui me dit: "On ne peut pas s'arrêter là, ça roule trop vite. Décale toi du peloton et je vais te pousser pendant que tu retires ton pied de la chaussure." Mais quand j'ai remis mon pied, le caillou était toujours là. J'explique alors à Fabian, que je susi obligé de prendre ma chaussure dans la main, Il continue de me pousser et quand j'ai enfin tenu ma Sidi dans ma main, je luis dis pour rigoler: "Imagine qu'elle tombe...." Et vlan! Un trou dans la route et là voila par terre. Quelques coureurs et plusieurs voitures suiveuses ont roulé dessus. Là, j'étais inquiet, mais la chaussure a tenu. La leçon c'est que maintenant je m'arrêterais."
F: "Là, on arrive sur les bords de la Moselle, c'est là qu'on fait nos séances derrière scooter pour touner les jambes. Tois heures entre 300 et 350 watts. On met l'accent sur le qualitatif."
A: "L'an dernier, je n'arrivais pas à suivre, les charges d'entrainement de Frank, elles étaient trop importantes. A présent, c'est mieux, j'ai progressé et, comme nous avons exactement le même programme c'est plus facile de comparer. Jusqu'à l'année passée, il me fallait beaucoup de courses pour arriver à mon niveau. Finalement, je me rends compte que je m'entrainais peut être pas assez"
F: "Le Criterium International 2007, ça été comme un tournant pour Andy ! il avait Paris Nice et après il avait été pendant une semaine au ski sur les conseils de Bjarne Riis. Mais sur le Criterium, il était laché après 80 bornes. Le soir, il avait la dep ! Là, il m'a dit: "Je vais être sérieux et être plus concentré jusqu'au Giro." La suite, on la connaît, il fait deux. La motivation découle souvent d'une frustration, et au Critérium il avait été frustré comme jamais !"
Vous n'allez pas vous préparer en altitude pour le Tour ?
A: "Non , ce n'est pas pour nous ! Là, on va faire le Tour du Luxembourg, après les recos des étapes dans les Alpes du Tour, puis le Tour de Suisse, le championnat national et, enfin le Tour. Juste après 3 jours à la maison, puis la Clasica San Sebastian et après Pekin pour les JO. Déjà que l'on va être à la maison que 3 jours, ce n'est pas la peine d'en rajouter, en ce moment avec un stage en montagne. Et puis l'altitude je n'y crois que très moyennement. Je préfère être à la maison, avec ma famille, que d'être enfermé dans une chambre d'hôtel à 3000 mètres. Pour ma tête c'est mieux. Là, en ce moment le soir, jusqu'à minuit, on va en forêt. On aide mon père à chasser. On est dans la nature, on décompresse !"
Oui, mais ce n'est pas mauvais de rester comme ça sur les jambes?
F: "Non, on est assis dans un mirador et on observe. Quand le soleil se couche, c'est top; Ce soir on y retourne. Hier, on a failli attraper un chevreuil."
A: "Demain c'est une journée de repos, alors on va aller à la pêche. La semaine passé, j'ai pris un brochet de 7 kilos !"
F: "Tu parlais d'altitude, alors c'est vrai que Bjarne Riis est à fond sur tout ce qui peut te faire progresser, mais il est aussi le premier à respecter le style de vie de chacun. Hier soir, il m'a appelé quand j'étais sur mon mirador. il sait que l'on a besoin de se faire plaisir et ce n'est pas pour cela que l'on n'est pas sérieux. On fait du vélo, mais à côté on vit aussi. Et vivre ça ne veut pas dire aller au restaurant; faire la fête. Pour nous, c'est être dans la nature, à la pêche et à la chasse avec nos chiens ! Depuis quelques temps, je suis revenu vivre à Mondorf les Bains, la ville où sont mes parents avec Andy. Tous les matins, quand je pars rouler, mon chien me suit en courant jusqu'à leur maison. Et après l'entrainement, on fait le chemin dans l'autre sens. Comme ça, il passe la journée avec les deux chiens d'Andy"
A: "Moi, depuis petit, on m'avait promis un chien après le Bac. C'était l'époque où j'étais à Roubaix avec Guimard. J'ai eu mon diplôme et, quand je suis retourné en France, je n'ai rien dit à personne et j'ai acheté un fox ! Je l'ai appelé Minka"
F: "Quand il est revenu il avait le chien dans le bonnet, c'était beau !"
Lorsque Andy est passé pro, je sais que vous demandiez aux soigneurs pour être ensemble sur les courses
A: "Oui, on ne le demande plus maintenant, c'est automatique. Et puis, entre nous, c'est super organisé ! Une fois c'est Frank qui apporte la Playstation et moi la chaine Hifi. En ce moment, on est à fond avec la nouvelle Wii. On la met sur la télé dans la chambre d'hôtel. La semaine entre l'Amstel et Liège, on a pas mal joué au tennis dans la chambre. On était entre les lits, c'était comique. Les gars dans l'équipe nous prenaient pour des fous!"
F: "Dans la chambre, Andy fait beaucoup d'effort pour ranger, mais après cinq jours de course, ça redevient vite le bordel. C'est Andy, quoi !"
A: "Moi j'ai horreur de faire la valise. Pour moi, sur une course, c'est le pire moment de la journée. C'est le stress de boucler la valise le matin. Comme j'attends toujours le denier moment, je suis à fond"
F: "Et encore, il s'est amélioré. Comme moi, il a une petite pochette pour chaque chose. Avant, il jetait tout en vrac dans la valise et j'essayais de la fermer !"
Andy, tu pense que tu aurais pu faire carrière sans Fränk?
A: "Frank a fait carrière sans moi. Pour la première fois, nous avons le même programme, tout est plus facile quand on fait les choses à deux, non ? De plus, notre père, qui est à la retraite depuis peu, est toujours là, disponible, pour nous faire rouler derrière scooter, nous amener, c'est le top. Mais pour en revenir à Frank, j'ai beaucoup appris de lui, c'est normal. Mais le plus important, finalement, il m'a inculqué, c'est de savoir encaisser moralement la souffrance sur la vélo en début de course !"
F: "Après 200 bornes avec Andy, on ne monte pas les bosses plus vite qu'en début de course, mais se sont les autres qui baissent de régime. Notre force s'est de se fatiguer moins vite, de récupérer plus facilement !"
J'ai lu que plus on était maigre et plus on récupérait vite ! C'est peut être la clef?
A: "C'est possible, mais sache que dans notre équipe, ce n'est pas nous qui avons le taux de masse grasse le plus bas. Ce sont Arvesen et Sorensen avec 4%. Nous on se situe entre 5 et 6."
Extraits de Velo magazine - n°453, juin 2008
Rubrique: "On a roulé avec"