La différence entre Fränk et son petit frère Andy ? Cinq années de moins mais surtout "un plus gros moteur", en la faveur d'Andy. Le cadet de la famille avance doucement vers les sommets. Depuis qu'il court, le filiforme jeune homme vit avec la pression. Cette pression, il la gère sans pareil, comme lorsqu'il répond tranquillement aux questions avec le sourire, une dizaine de fois et en quatre langues.
Andy a une progression bien plus rectiligne que celle de son frère aîné. A 18 ans, il brillait déjà sur les championnats du monde et était repéré par Cyrille Guimard. Quand Fränk s'impose à l'Amstel Gold Race, à l'Alpe d'Huez, les observateurs avancent déjà le prénom d'Andy. "Il a une forte personnalité, c'est un autre caractère que Fränk qui a tendance à gamberger. Je dirais même qu'Andy lui donne confiance", assure René Thill
"Je connaissais son père et j'avais discuté avec lui aux championnats du monde juniors à Hamilton. Ses qualités ? Son père, sa mère et ses grands-parents. Quand vous avez les chevaux et le mental, vous êtes un grand champion, le reste c'est de la littérature." dit Guimard.
Le Français n'a pu conserver son joyau qu'un an. Très vite, l'ex-journaliste Luxembourgeois René Thill, très proche de la famille, le case chez son ami Bjarne Riis."J'ai dû beaucoup parlementer avec Riis pour qu'il engage Frank, ça s'était fait au dernier moment. Pour Andy, je lui ai simplement donné ses résultats. Et il m'a fait confiance."
Riis a eu raison: dès ses débuts, alors qu'il n'a pas 20 ans, il se fait remarquer par Lance Armstrong qui n'apprécie guère de voir un jeune coureur l'accompagner dans les montées du Tour de Géorgie. Schleck impressionne, 9ème des 4 Jours de Dunkerque et premier lieutenant de Lars Bak sur le Tour de l'Avenir. En 2006, il avait continué son apprentissage dans des courses ProTour comme le Tour d'Allemagne terminé à la 16e place, tout en aidant son leader Voigt. Puis 2007, il continuait avec des bonnes performances avec une 16e place à Paris-Nice et une 8e en Romandie.
Il abordait alors son premier Grand Tour en tant que coureur protégé et sa première semaine confirmait sa forme. «J'ai beaucoup appris en Italie, en seulement trois semaines", admet Andy. "J'ai pris beaucoup de confiance. Avant de m'aligner, je sentais bien que tout le monde se demandait dans quel registre j'évoluais. Étais-je grimpeur ? Rouleur ? Certains disaient même que j'étais trop lourd pour la haute montagne.»
Au final, tout heureux qu'il «grimpe aussi bien et roule aussi bien dans le chrono.». Beaucoup, dont son directeur sportif Alain Gallopin, s'attendaient à un jour sans, mais il n'est jamais venu: «On connaissait ses qualités et son potentiel. Mais je crois que son point fort, c'est son mental, sa capacité à surmonter la pression ». Il obtient finalement le premier accessit prometteur pour la suite de sa carrière. Terminer sur le podium d'un Grand Tour l'année de ses 22 ans est une performance peu commune.
Di Luca, le vainqueur, a rendu hommage à Schleck tout en ajoutant une note discordante: «Schleck sera plus à l'aise dans le Giro que dans le Tour. Pourquoi ? Dans un contre-la-montre du Tour de 50 kilomètres, Nibali mettra Schleck à deux minutes ! » Le pronostic, hasardeux, n'obèrait en rien l'avenir du jeune homme, qui disputait pour la première fois un grand Tour.
En quelques jours, l'Andymania a frappé l'Italie. On a ainsi vu fleurir sur le bord de la route des dizaines de banderoles à la gloire du coureur de Mondorf, devenu la coqueluche des tifosi, ou des panneaux tenus par des jeunes filles clamant "Andy, ti amo".
"J'aime cette popularité, cette gloire, je fais du vélo pour cela. Je suis fier d'avoir terminé 2e du Giro. Et en ces temps où le cyclisme souffre beaucoup, si je peux incarner quelque chose de positif, c'est très bien. Je n'oublie pas que Cunego avait 22 ans quand il a gagné son Giro et, depuis, il a éprouvé des difficultés à remplir toutes les promesses. Je reste les pieds sur terre. Je sais qu'on peut chuter aussi vite qu'on est monté."
Le maillot blanc conquis sur le Tour 2008 n'était qu'une nouvelle étape dans le plan de carrière fixé. A l'issue de l'étape entre Cuneo et Jausiers, où il écrème le peloton dans l'ascension de la Bonnette-Restefond, il constate que ses leaders "n'étaient pas trop bien", tandis que lui aurait pu rouler bien plus vite. Après chaque étape des Alpes, son frère assure qu'Andy est le plus fort. Toujours, Andy confirme, sans pour autant regretter un instant de ne pouvoir jouer sa carte personnelle.
En avril dernier, il a survolé la «Doyenne» des classiques, Liège-Bastogne-Liège, remportée en solitaire en attaquant dans la Côte de la Roche aux Faucons, à 20 kilomètre de la ligne. Comme Merckx et Hinault en leur temps, il a inscrit la classique la plus sélective à son palmarès avant d'atteindre ses 25 ans.
On risque donc encore d'en entendre parler dans les mois et les années à venir...

